Haut de page L'amer à la montagne Cette année encore, on va à la montagne, "prendre un grand bol d'air". Moi qui voulais louer une maison sur un grand polder... A l'usure, je sature, j'ai toujours préféré la mer, Alors trimballer mon ossature à 3000 mètres, je l'ai amère... Durant les 400 kilomètres de trajet, je boude, Papa prétend qu'il a dèjà bartassé dans des buissons hauts comme son coude, Et Maman raconte que l'air de la montagne nous fera du bien. Sauf qu'à 3000 mètres, de l'air, il en reste plus, et ma langue pend comme celle d'un chien! Quand on arrive, hautaine, elle me regarde de toute sa hauteur, Et ils sont tous pressés de grimper alors on sort les chaussures (je vous dis pas l'odeur) Au premier col, arrivée chacun son rythme: Papa devant, Les filles qui traînent et moi qui galère car mon sac énorme fait prise au vent. On regarde le panorama, mais pas trop, comme si on risquait de s'y piquer Quand soudain de mon ventre sort un cri du coeur: Saupiquet! Mais il est trop tôt, "on s'arrêtera devant un plus beau paysage" Et pendant deux heures je me languis mon saussison-fromage. Mais attention! si le saussison est déjà en batonnet, Pour le qui-pue, va falloir batailler Puisqu'il n'est goûtu seulement quand les vers y ont élu domicile. D'ailleurs, une fois, j'ai sorti du Tartare et on a crié à l'homicide. Soit-disant marcher en montagne c'est se rapprocher de la nature, Pas d'usine, ni de bruit ni de voiture, Euh, question: la nature, ça comporte pas un peu de verdure ? Elle est où? Tout ce que je vois autour de moi s'appele rocaille, pierre ou cailloux. Ne dites pas non les randonneurs! J'ai compris votre histoire de kerns ! Les cailloux en trop, hop! sur le bord de la route... Mouai, j'suis pas quelqu'un qu'on berne! S'il faut reconnaitre un truc à la montagne c'est sa faune, son gibier: marmottes, bouquetins... Ou parisien avec GPS, bâton télescopique, téléphone satellite et bouc teint. Le soir, c'est le bonheur de tout sociologue: l'arrivée au refuge. D'ailleurs, comment on a pu appeler ainsi un endroit où il y a autant de grabuge ? Entre les "woah c'est l'infection ces chaussures, sortez les d'ici!" Et l'aubergiste : "dernière ration de soupe edelweiss-orties", Je me languis de me glisser dans mon duvet, me planquer dans ma poche, Mais bon, comment dormir coincé entre le ronfleur de droite et le péteur de gauche ? Dans ma tête résonne "qu'est ce que je fais ici?!" et beaucoup de fausse philosophie, Mais aussi mon instinct de survie qui crie "filons d'ici!" JOHAN
Ardèche
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